Gale de boue chez le cheval : la reconnaître, la soigner, la prévenir
Croûtes au paturon, peau à vif, boiterie : causes, signes, soins et prévention de la gale de boue, et quand appeler le vétérinaire.

Chaque automne, avec le retour de la pluie et des paddocks détrempés, elle refait son apparition : la gale de boue. Croûtes dans le pli du paturon, poils collés, peau à vif… Cette affection de la peau est fréquente, souvent bénigne si elle est prise tôt, mais elle peut devenir douloureuse et faire boiter le cheval si on la laisse s’installer.
Une « gale » qui n’en est pas vraiment une
Malgré son nom, la gale de boue n’est pas d’abord une gale au sens parasitaire. Les vétérinaires parlent plutôt de dermatite du paturon ; les Anglais disent mud fever, greasy heels ou cracked heels.
Il s’agit le plus souvent d’une infection bactérienne de la peau. La bactérie la plus souvent mise en cause, Dermatophilus congolensis, se plaît dans les milieux humides. D’autres germes peuvent intervenir (staphylocoques, Pseudomonas), ainsi que des champignons ou des acariens.
Le mécanisme est simple : une peau saine héberge sans problème de nombreux micro-organismes. Mais quand la couche superficielle de la peau est fragilisée, souvent par une humidité prolongée, ces germes en profitent pour s’installer et provoquer une inflammation.
Les facteurs de risque
- une météo humide et douce qui dure ;
- un cheval qui piétine longtemps dans une boue profonde ;
- une peau déjà abîmée (petites plaies, frottements) ;
- des membres lavés au jet et mal séchés ;
- une forte transpiration sous le harnachement ou une couverture ;
- les balzanes : la peau blanche est souvent plus touchée ;
- une autre maladie de peau sous-jacente : acariens (gale chorioptique, fréquente chez les chevaux à fanons), champignons, photosensibilisation ou maladie auto-immune.
Reconnaître la gale de boue
Elle touche surtout l’arrière du paturon et le talon. Les signes à surveiller :
- des croûtes recouvrant une peau humide et à vif ;
- des poils collés en touffes, ou tombés en laissant la peau à nu ;
- un suintement blanc crème, jaune ou verdâtre sous les croûtes ;
- parfois des crevasses profondes ;
- de la chaleur, de la douleur, un membre qui gonfle ;
- une boiterie ;
- dans les cas très sévères, un cheval abattu.
Les mêmes lésions peuvent apparaître ailleurs, sur le dos et la croupe par exemple : on parle alors de rain scald, ou dermatophilose de la pluie.
Soigner : sécher, nettoyer, traiter la cause
Le principe de base est de garder la peau propre et sèche. Concrètement :
- Rentrer le cheval au sec le temps des soins, si c’est possible.
- Tondre les poils autour des lésions : cela facilite le nettoyage, le séchage et l’application des soins.
- Nettoyer avec un antiseptique doux (chlorhexidine ou povidone iodée diluées, par exemple), puis rincer.
- Retirer délicatement les croûtes qui se décollent, sans arracher, pour que les soins atteignent la peau.
- Sécher soigneusement, sans frotter (serviette propre, papier absorbant).
- Appliquer le soin prescrit. Le vétérinaire peut fournir une crème associant antibiotique et anti-inflammatoire.
Des bandes de repos posées sur des membres parfaitement secs peuvent aider à limiter le gonflement.
Si la gale de boue revient sans cesse ou ne guérit pas, il faut chercher une cause sous-jacente. Des acariens ou des champignons demandent un traitement spécifique, qu’une simple crème ne réglera pas. D’où l’intérêt d’un diagnostic vétérinaire, notamment par raclage de peau.
Quand appeler le vétérinaire ?
Sans attendre si :
- le cheval boite ou le membre gonfle ;
- les lésions s’étendent ou ne s’améliorent pas après quelques jours de soins ;
- le cheval semble abattu ;
- les épisodes se répètent d’un hiver à l’autre.
Prévenir plutôt que guérir
- Inspecter les membres tous les jours en saison humide, surtout le pli du paturon : plus c’est pris tôt, plus c’est simple.
- Limiter la boue : rotation des parcelles, sol stabilisé aux entrées et autour des abreuvoirs, clôturer les zones les plus boueuses. Pour un cheval très sensible, éviter si besoin les paddocks boueux.
- Brosser plutôt que doucher : la boue s’enlève à la brosse douce.
- Toujours sécher les membres après un lavage.
- Les crèmes barrière isolent la peau de l’humidité et de la boue ; elles s’appliquent sur une peau saine, propre et sèche.
- Les guêtres anti-boue existent, mais elles doivent être bien ajustées : mal ajustées, elles provoquent frottements et plaies.
La gale de boue n’est pas une fatalité de l’hiver. Une surveillance quotidienne et des membres gardés au sec évitent la plupart des épisodes ; au moindre doute, le vétérinaire reste le meilleur interlocuteur.
Source : Walker Equine Vets, fiche « Mud fever » ; synthèse de sources vétérinaires
